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Un Fiacre allait jardinant

29/08/2021

Un Fiacre allait jardinant

Avec un nom de carrosse sur roues, on s’attendrait plutôt à ce que Fiacre préside aux destinées des voyageurs. Mais les chrétiens en ont d’abord fait le protecteur des jardiniers, parce que dit-on, il en pinçait pour le travail de la terre, et plus particulièrement pour les plantes médicinales. Il était moine et anachorète (c’est-à-dire un peu retiré tout seul) et féru de plantes.

 


Saint Fiacre est né dans une famille noble d’Irlande au début du VIIe siècle. Les aléas de la vie l’ont amené à 17 ans en France, du côté de Meaux. Là l’évêque Faron lui concèda la parcelle de la forêt de Breuil qu’il avait été capable d’entourer d’un fossé en un jour. D’un terrain difficile Fiacre crée alors un jardin potager et un jardin des simples productifs, grâce auxquels il nourrit et soigne les pauvres des alentours.


Saint Fiacre a bénéficié d’une grande popularité en France : les historiens ont dénombré pas moins de 522 statues le représentant le plus généralement avec une bêche, parfois avec un pot de fleurs, voire avec un arrosoir.

 

 

Encore aujourd’hui de nombreuses communes organisent des festivités le 30 août (Orléans, Saint Germain en laye, Avon, Saint Valéry sur Somme, etc.)


Fiacre est mort vers 670 au Breuil, ses fidèles y ont bâti un monastère autour duquel s’est formé un village qui porta son nom. Les pèlerins se rendent sur son tombeau pour demander la guérison de toutes sortes de maux, en particulier les hémorroïdes, le « mal de saint Fiacre », la tradition affirmant qu'il suffisait de s'asseoir sur la pierre sur laquelle le saint avait l'habitude de se reposer pour être guéri. La molène commune, laxatif naturel appelée herbe de Saint Fiacre depuis cette époque, a hérité d’une partie de son illumination.

 

Arroche : changer d'épinard

27/06/2021

Arroche : changer d'épinard

L'arroche, Atriplex hortensis L, est également connue sous le nom de belle-dame, chou d’amour, faux épinard, ou folette. Facile à cultiver, c’est une bonne alternative aux épinards
Dans le calendrier républicain, Arroche était le nom attribué au 19e jour du mois de floréal. Peut-être est-ce le prénom d’un de vos ancêtres ? (celui qui s’est marié avec Pimprenelle)

 

 

L’arroche est originaire d’Asie centrale. Elle a été longtemps cultivée avant que l’épinard, rapporté par les Croisés, ne la remplace dans les potagers. Cette plante était déjà citée au Moyen Âge, dans le capitulaire De Villis, parmi les plantes potagères dont la culture était recommandée. 

 

 

L'Arroche est cultivée pour ses feuilles. La pourpre est la plus belle et la plus courante mais les blondes et les vertes sont tout aussi goutues. On sème de mars à septembre et on récolte de juin à novembre.

Le semis se fait directement en pleine terre, dans un sillon peu profond. Comptez une dizaine de jours pour voir les graines lever. Lorsque les plants ont 4 vraies feuilles, éclaircissez les rangs tous les 30/50 cm. Faites attention aux limaces et aux pucerons qui ont vite fait de croquer les jeunes pousses (eux aussi aiment les bons produits). Si l’arroche trouve un terrain propice elle se ressème d’une année sur l’autre. 
L’arroche montant vite en graines, on peut renouveler le semis toutes les 3 semaines environ. Quelques arrosages et binages, un bon paillage quand le sol est réchauffé pour maintenir le sol frais, et vous allez pouvoir vous régaler.

 

Récolter avant que les boutons floraux apparaissent, sinon les feuilles seront un peu coriaces. La cueillette se fait au fur et à mesure des besoins. 

 

 

Les graines sont très faciles à récolter, il suffit de laisser monter quelques pieds pour en récolter assez pour tout votre pâté (de maisons). Coupez-les et laissez-les sécher, suspendus la tête en bas. Elles perdent en revanche leur pouvoir germinatif assez vite, aussi semez-les dès l’année suivante, ou bien acceptez que toutes ne soient pas productives. Notez bien les dates sur vos contenants. Récoltez-les et donnez ou troquez.

 

Et ça se mange comment l’arroche ? Tout simplement en salade avec une vinaigrette à l’huile de noix. Ou encore en adaptant toutes les recettes comprenant des épinards : salade mélangée avec des jeunes pousses, en curry à l’indienne, à la crème avec des croutons, en raviolis, etc.

 

 

Bon appétit et bonne découverte de ce bon légume-feuille oublié.

Sûrement à cause de Popeye qui a fait croire à toute une génération qu’il était fort grâce aux épinards. Alors que l’arroche est tout aussi riche en fer, magnésium, vitamine C, calcium et phosphore. 

 

 

Au bonheur des simples

29/05/2021

Au bonheur des simples

Un jardin des simples -en latin herbularius- est un lieu où l'on cultive des plantes aux vertus médicinales appelées également "simples". Pourquoi simples ? Par opposition aux remèdes complexes que proposait la médecine savante. 
On ne cultivait pas dans les herbularius uniquement des simples (simplicis herbae), mais on les associait aux plantes aromatiques et aux condimentaires qui ont souvent une faculté curative. Par exemple la menthe contre les troubles de la digestion et pour parfumer la cuisine, le romarin, pour ses vertus stimulantes et pour aromatiser les viandes, la sauge officinale contre les problèmes digestifs et pour réhausser les plats, le thym pour éloigner les rhumes et composer les bouquets garnis, etc.

On a d'abord utilisé des espèces locales spontanées, puis des espèces venues d’Orient ou des Amériques se sont peu à peu acclimatées.

 

 

Les jardins des simples sont associés dans l’imaginaire collectif occidental aux jardins monastiques du Moyen Age. Les moines bénédictins se sont placés en gardiens d’un savoir millénaire, parce qu’ils ont traduit, copié et conservé les œuvres de référence en matière de phytothérapie : Aristote, Hippocrate, Dioscoride, Galien, Pline, etc. 

 


Dans les monastères, le jardin des simples était complémentaire du verger (pomarius) et du potager (hortulus). Placé non loin de l’infirmerie, il était ordonné par espaces thématiques et géométriques, selon une symbolique censée rappeler le jardin d’Eden. Les références à la religion étaient omniprésentes : le buis symbolisant l'immortalité, une fontaine au centre du jardin symbole de la résurrection, les allées disposées en forme de croix, etc. Les Bénédictins de l’abbaye de Saint Gall (Suisse) ont dessiné le plan de ce jardin idéal au tout début du IXe siècle. A la même époque, Charlemagne promulgua le Capitulaire de Villis qui présente 88 plantes, recommandées pour se soigner, se nourrir, se vêtir. Deux siècles plus tard, la religieuse allemande Hildegarde de Bigen détaillera à son tour les vertus et les usages de plus de 300 plantes.

 

 

A partir du XIXe siècle les chimistes ont isolé des composants des plantes et les médicaments conçus en laboratoire se sont imposés. Avant cela, ce sont les plantes qui étaient les alliées de notre santé. Respectons-les, découvrons-les, nommons-les, admirons-les. Et à l’occasion dégustons-les, car en plus d’être thérapeutes elles savent aussi être gourmandes.

Bon cela dit, il ne s’agit pas de consommer n’importe quoi n’importe comment, cela va de soi.

 


A Neuvecelle le jardin des simples ne sera pas organisé en fonction des indications thérapeutiques des plantes comme cela était le cas dans les jardins monastiques. Mais en respectant les exigences de culture, afin de favoriser des associations vertueuses. Chaque espèce sera étiquetée et l’on y précisera ses bienfaits grâce à un code couleur. Nous vous détaillerons tout cela au fur et à mesure de l’avancée de l’aménagement du lieu.
Ce jardin laïc ambitionne avant tout être un bel endroit, pédagogique, adapté à son environnement et aucune plante toxique n’y sera plantée, bien entendu.

 

A bientôt donc dans votre jardin des simples, qui va se dessiner peu à peu au Parc du clair matin.

 

« Rien n’est moins simple que les simples » - Dr Henri Leclerc (Précis de Phytothérapie)

Faux et usage de faux

15/05/2021

Faux et usage de faux

Samedi 15 mai 2021, malgré le long week-end de l’Ascension, une dizaine de chablaisiens, interpellés par le sujet du fauchage manuel, sont venus à Neuvecelle, armés de leur faux, pour en découdre avec les herbes hautes d’un jardin prêté pour l’occasion.
Delphine nous a présenté l’outil, ses subtilités, les différentes lames, la meilleure façon de taper sa faux. Les échanges avec les pratiques déjà existantes ou naissantes ont été fructueuses. Adresses utiles et documents de référence ont été partagés par la suite.

d'abord : régler

 

puis : aiguiser

 

et si besoin : battre

 

Christian nous a donné ses trucs de faucheur de longue date, Jean a prêté le banc à battre la faux, fabriqué par son père, Jacqueline s’est inquiétée de n’avoir pas de poignée haute, d’autres s’interrogeaient sur la ligne en vague du fil de leur faux, ou de l’impossibilité (apparente) de démonter leur lame. 

 

 

Banc à battre la faux et morceau de rail pour reprendre le fil

 

les bons outils pour taper la faux 
(martelet, enclumette et morceau de bois pour ne pas déformer l’enclumette)

 

Les gauchères ont excellé dans l’ambidextrie, et très vite chacun a compris la différence entre un fauchon et une faux mixte, et est devenu incollable sur les qualités comparées des pierres à aiguiser.

 

Un coffin de famille

(empli d’eau il se porte à la ceinture pour mouiller la pierre à aiguiser)

 

La partie pratique ayant lieu 200 mètres à l’ouest du point de ralliement, le voisinage a vu passer, quelque peu intrigué, les joyeux faucheurs, lame à l’épaule. Sûre que la rue n’avait pas vu ça depuis bien des décennies. Tranchant oblige, les distances de sécurité ont été respectées…

 

 

Comme pour tous les ateliers de L’agastache depuis l’hiver dernier, la météo nous a offert une trêve de pluie, et chacun a pu tester ses nouvelles connaissances sur le terrain. 

 

 

Une bonne odeur de menthe, d’origan sauvage et d’herbe fraichement coupée s’est vite élevée du jardin. Quelques faucheurs assis par terre, face à leur enclumette fichée en terre, osaient enfin battre leur faux, pour la bonne cause.

 

 

L’herbe restée sur place fera, aux prochains beaux jours, un foin précieux pour le paillage des jardins et la litière des poules.

 

 

Le terrain se prêtant bien à l’exercice, il y a de grandes chances qu’il devienne un champ d’expérimentation à l’automne prochain quand l’herbe aura repris de la hauteur. On prend vite goût à ces gestes amples et au bruit feutré de la lame sur les tiges hautes. 
On rêve déjà à toutes les belles matinées de fauchage que l’on va pouvoir faire, ici et là, dans l’avenir, clôturées par un repas goûtu au possible, comme L’agastache sait (et aime) vous en concocter.

 

Si on vous demande, sachez que l’on peut aussi écrire « faulx », c’est le dictionnaire qui le dit. Cela donne plus de noblesse à ce bel outil.

 

Haricot saint des sains

10/05/2021

Haricot saint des sains

Le haricot saint sacrement est un des joyaux des grainothèques. On a presque du mal à le semer, tant il est beau. Il porte parfois d’autres noms : haricot à la religieuse, haricot ostensoir, ou encore haricot du bon dieu.
C’est un haricot à grain blanc type coco avec une tache foncée au niveau de l’ombilic en forme d’ostensoir (pour les mécréants : un ostensoir est une pièce d’orfèvrerie destinée à présenter, lors de la messe chrétienne, l’hostie consacrée).

 

Cette tache singulière a donné lieu à des interprétations mythiques, dont la plus courante remonte à la révolution française : un prêtre aurait voulu cacher son ostensoir dans un champ de haricots pour le soustraire aux pilleurs d'églises. Quelques mois plus tard le champ était couvert de pieds de haricots qui donnèrent des grains de couleur blanc ivoire, portant chacun la marque de l’ostensoir.

 

 

Comme d’autres légumes anciens non-inscrits au catalogue officiel des variétés, ce haricot tend à disparaître de nos jardins depuis les années cinquante. Heureusement le haricot saint sacrement a été sauvé par quelques passionnés qui diffusent ses bienfaits lors de trocs de graines ou via les grainothèques. 
Si on cherche bien, on le trouve quand même au catalogue des Graines Baumaux et au catalogue Zollinger (qui le confond avec le haricot Saint Esprit, une autre espèce assez proche-voir plus loin) mais il est souvent en rupture de stock. 


Pas besoin de l’acheter car à Neuvecelle -vous en avez de la chance- de bonnes âmes font des dons réguliers de ce rare haricot à la grainothèque. Et si vous les rejoigniez ? Non seulement, ce haricot est beau mais il est délicieux.

 

 

Le saint sacrement est un haricot à rames (grimpant). Pour le semer attendez que la température soit de 12 ° minimum (de début mai à mi-juin), et privilégiez une exposition ensoleillée. Semez en poquets espacés de 40 cm et de 70 cm entre les lignes. Ces haricots nécessitent des tuteurs de 2 mètres environ. Dès le début de la végétation, biner et buter la base pour maintenir la fraîcheur au pied et favoriser l’enracinement.
Il pousse vers le ciel en 80-90 jours. Récoltez continuellement durant l'été les tendres gousses vertes, ou écossez en automne les gousses séchées. Les premières gousses fournissant les meilleures semences, les plus beaux plants seront conservés dans un endroit frais, bien ventilé pour être ressemés avant d’en confier quelques-uns à la grainothèque, bien sûr. 
Ses cosses contiennent de 4 à 10 graines au goût de noisette. Récolté frais ou à maturité, le haricot saint sacrement écossé s’emploie dans la soupe, en salade ou en accompagnement. Son joli dessin disparait hélas à la cuisson. 

 

Attention : un haricot saint esprit n'est pas un haricot saint sacrement.

 

 

Même si on est dans le même registre, le premier est moins rare, et plus allongé. C’est un haricot nain, à écosser pour grains secs ou demi-secs, et son goût tient plus de la châtaigne que de la noisette. Sa tache est aussi différente et ressemblerait plus à un ange qu’à un ostensoir (Rorschach es-tu là ?). 

Mais on pourrait tout aussi bien rebaptiser le premier : « Haricot chignon choucroute» espèce Amy Winehouse, et le second « Je vous ai compris »…