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Au bonheur des simples

30/05/2021

Au bonheur des simples

Un jardin des simples -en latin herbularius- est un lieu où l'on cultive des plantes aux vertus médicinales appelées également "simples". Pourquoi simples ? Par opposition aux remèdes complexes que proposait la médecine savante. 
On ne cultivait pas dans les herbularius uniquement des simples (simplicis herbae), mais on les associait aux plantes aromatiques et aux condimentaires qui ont souvent une faculté curative. Par exemple la menthe contre les troubles de la digestion et pour parfumer la cuisine, le romarin, pour ses vertus stimulantes et pour aromatiser les viandes, la sauge officinale contre les problèmes digestifs et pour réhausser les plats, le thym pour éloigner les rhumes et composer les bouquets garnis, etc.

On a d'abord utilisé des espèces locales spontanées, puis des espèces venues d’Orient ou des Amériques se sont peu à peu acclimatées.

 

 

Les jardins des simples sont associés dans l’imaginaire collectif occidental aux jardins monastiques du Moyen Age. Les moines bénédictins se sont placés en gardiens d’un savoir millénaire, parce qu’ils ont traduit, copié et conservé les œuvres de référence en matière de phytothérapie : Aristote, Hippocrate, Dioscoride, Galien, Pline, etc. 

 


Dans les monastères, le jardin des simples était complémentaire du verger (pomarius) et du potager (hortulus). Placé non loin de l’infirmerie, il était ordonné par espaces thématiques et géométriques, selon une symbolique censée rappeler le jardin d’Eden. Les références à la religion étaient omniprésentes : le buis symbolisant l'immortalité, une fontaine au centre du jardin symbole de la résurrection, les allées disposées en forme de croix, etc. Les Bénédictins de l’abbaye de Saint Gall (Suisse) ont dessiné le plan de ce jardin idéal au tout début du IXe siècle. A la même époque, Charlemagne promulgua le Capitulaire de Villis qui présente 88 plantes, recommandées pour se soigner, se nourrir, se vêtir. Deux siècles plus tard, la religieuse allemande Hildegarde de Bigen détaillera à son tour les vertus et les usages de plus de 300 plantes.

 

 

A partir du XIXe siècle les chimistes ont isolé des composants des plantes et les médicaments conçus en laboratoire se sont imposés. Avant cela, ce sont les plantes qui étaient les alliées de notre santé. Respectons-les, découvrons-les, nommons-les, admirons-les. Et à l’occasion dégustons-les, car en plus d’être thérapeutes elles savent aussi être gourmandes.

Bon cela dit, il ne s’agit pas de consommer n’importe quoi n’importe comment, cela va de soi.

 


A Neuvecelle le jardin des simples ne sera pas organisé en fonction des indications thérapeutiques des plantes comme cela était le cas dans les jardins monastiques. Mais en respectant les exigences de culture, afin de favoriser des associations vertueuses. Chaque espèce sera étiquetée et l’on y précisera ses bienfaits grâce à un code couleur. Nous vous détaillerons tout cela au fur et à mesure de l’avancée de l’aménagement du lieu.
Ce jardin laïc ambitionne avant tout être un bel endroit, pédagogique, adapté à son environnement et aucune plante toxique n’y sera plantée, bien entendu.

 

A bientôt donc dans votre jardin des simples, qui va se dessiner peu à peu au Parc du clair matin.

 

« Rien n’est moins simple que les simples » - Dr Henri Leclerc (Précis de Phytothérapie)

Faux et usage de faux

16/05/2021

Faux et usage de faux

Samedi 15 mai 2021, malgré le long week-end de l’Ascension, une dizaine de chablaisiens, interpellés par le sujet du fauchage manuel, sont venus à Neuvecelle, armés de leur faux, pour en découdre avec les herbes hautes d’un jardin prêté pour l’occasion.
Delphine nous a présenté l’outil, ses subtilités, les différentes lames, la meilleure façon de taper sa faux. Les échanges avec les pratiques déjà existantes ou naissantes ont été fructueuses. Adresses utiles et documents de référence ont été partagés par la suite.

d'abord : régler

 

puis : aiguiser

 

et si besoin : battre

 

Christian nous a donné ses trucs de faucheur de longue date, Jean a prêté le banc à battre la faux, fabriqué par son père, Jacqueline s’est inquiétée de n’avoir pas de poignée haute, d’autres s’interrogeaient sur la ligne en vague du fil de leur faux, ou de l’impossibilité (apparente) de démonter leur lame. 

 

 

Banc à battre la faux et morceau de rail pour reprendre le fil

 

les bons outils pour taper la faux 
(martelet, enclumette et morceau de bois pour ne pas déformer l’enclumette)

 

Les gauchères ont excellé dans l’ambidextrie, et très vite chacun a compris la différence entre un fauchon et une faux mixte, et est devenu incollable sur les qualités comparées des pierres à aiguiser.

 

Un coffin de famille

(empli d’eau il se porte à la ceinture pour mouiller la pierre à aiguiser)

 

La partie pratique ayant lieu 200 mètres à l’ouest du point de ralliement, le voisinage a vu passer, quelque peu intrigué, les joyeux faucheurs, lame à l’épaule. Sûre que la rue n’avait pas vu ça depuis bien des décennies. Tranchant oblige, les distances de sécurité ont été respectées…

 

 

Comme pour tous les ateliers de L’agastache depuis l’hiver dernier, la météo nous a offert une trêve de pluie, et chacun a pu tester ses nouvelles connaissances sur le terrain. 

 

 

Une bonne odeur de menthe, d’origan sauvage et d’herbe fraichement coupée s’est vite élevée du jardin. Quelques faucheurs assis par terre, face à leur enclumette fichée en terre, osaient enfin battre leur faux, pour la bonne cause.

 

 

L’herbe restée sur place fera, aux prochains beaux jours, un foin précieux pour le paillage des jardins et la litière des poules.

 

 

Le terrain se prêtant bien à l’exercice, il y a de grandes chances qu’il devienne un champ d’expérimentation à l’automne prochain quand l’herbe aura repris de la hauteur. On prend vite goût à ces gestes amples et au bruit feutré de la lame sur les tiges hautes. 
On rêve déjà à toutes les belles matinées de fauchage que l’on va pouvoir faire, ici et là, dans l’avenir, clôturées par un repas goûtu au possible, comme L’agastache sait (et aime) vous en concocter.

 

Si on vous demande, sachez que l’on peut aussi écrire « faulx », c’est le dictionnaire qui le dit. Cela donne plus de noblesse à ce bel outil.

 

Haricot saint des sains

11/05/2021

Haricot saint des sains

Le haricot saint sacrement est un des joyaux des grainothèques. On a presque du mal à le semer, tant il est beau. Il porte parfois d’autres noms : haricot à la religieuse, haricot ostensoir, ou encore haricot du bon dieu.
C’est un haricot à grain blanc type coco avec une tache foncée au niveau de l’ombilic en forme d’ostensoir (pour les mécréants : un ostensoir est une pièce d’orfèvrerie destinée à présenter, lors de la messe chrétienne, l’hostie consacrée).

 

Cette tache singulière a donné lieu à des interprétations mythiques, dont la plus courante remonte à la révolution française : un prêtre aurait voulu cacher son ostensoir dans un champ de haricots pour le soustraire aux pilleurs d'églises. Quelques mois plus tard le champ était couvert de pieds de haricots qui donnèrent des grains de couleur blanc ivoire, portant chacun la marque de l’ostensoir.

 

 

Comme d’autres légumes anciens non-inscrits au catalogue officiel des variétés, ce haricot tend à disparaître de nos jardins depuis les années cinquante. Heureusement le haricot saint sacrement a été sauvé par quelques passionnés qui diffusent ses bienfaits lors de trocs de graines ou via les grainothèques. 
Si on cherche bien, on le trouve quand même au catalogue des Graines Baumaux et au catalogue Zollinger (qui le confond avec le haricot Saint Esprit, une autre espèce assez proche-voir plus loin) mais il est souvent en rupture de stock. 


Pas besoin de l’acheter car à Neuvecelle -vous en avez de la chance- de bonnes âmes font des dons réguliers de ce rare haricot à la grainothèque. Et si vous les rejoigniez ? Non seulement, ce haricot est beau mais il est délicieux.

 

 

Le saint sacrement est un haricot à rames (grimpant). Pour le semer attendez que la température soit de 12 ° minimum (de début mai à mi-juin), et privilégiez une exposition ensoleillée. Semez en poquets espacés de 40 cm et de 70 cm entre les lignes. Ces haricots nécessitent des tuteurs de 2 mètres environ. Dès le début de la végétation, biner et buter la base pour maintenir la fraîcheur au pied et favoriser l’enracinement.
Il pousse vers le ciel en 80-90 jours. Récoltez continuellement durant l'été les tendres gousses vertes, ou écossez en automne les gousses séchées. Les premières gousses fournissant les meilleures semences, les plus beaux plants seront conservés dans un endroit frais, bien ventilé pour être ressemés avant d’en confier quelques-uns à la grainothèque, bien sûr. 
Ses cosses contiennent de 4 à 10 graines au goût de noisette. Récolté frais ou à maturité, le haricot saint sacrement écossé s’emploie dans la soupe, en salade ou en accompagnement. Son joli dessin disparait hélas à la cuisson. 

 

Attention : un haricot saint esprit n'est pas un haricot saint sacrement.

 

 

Même si on est dans le même registre, le premier est moins rare, et plus allongé. C’est un haricot nain, à écosser pour grains secs ou demi-secs, et son goût tient plus de la châtaigne que de la noisette. Sa tache est aussi différente et ressemblerait plus à un ange qu’à un ostensoir (Rorschach es-tu là ?). 

Mais on pourrait tout aussi bien rebaptiser le premier : « Haricot chignon choucroute» espèce Amy Winehouse, et le second « Je vous ai compris »…

 

 

   

 

Pimprenelle, concombre masqué

29/04/2021

Pimprenelle, concombre masqué

 

La petite pimprenelle, Sanguisorba minor est une plante vivace aromatique de la famille des Rosacées, poussant en touffe rhizomateuse rustique, à port rampant avec des feuilles persistantes pennées en rosettes à la base, et des folioles très dentés. 

La pimprenelle doit son nom latin de Sanguisorba à ses vertus médicinales : sanguis (sang) et sorbere (absorber), elle serait capable de faire cesser les hémorragies, de cicatriser les brûlures, d’apaiser les coups de soleil et les petites plaies.

La pimprenelle est hémostatique (interne et externe), vulnéraire et diurétique. Ses propriétés astringentes calment la diarrhée et les troubles intestinaux. 

On pensait autrefois que la pimprenelle protégeait celui qui en portait sur lui, et préservait de la trahison. Dans les maisons, elle éloignait les maladies et les accidents.

 

 

La petite pimprenelle pousse spontanément dans les prés de terre pauvre, et elle n’a pas besoin de beaucoup d’eau. Ses petites fleurs sont autant de petits pompons rouge foncé au sommet de hampes. Elle fleurit de mai à septembre et pousse jusqu’à une altitude de 2 000 m. A Neuvecelle elle est bien implantée, y compris dans les plates-bandes de l’avenue de Milly, pourtant soumises à rude épreuve (mais ne la cueillez pas en bord de route, elle y subit trop d'assauts canins, poussiéreux et automobiles pour rester correctement comestible).

 

Elle était cultivée autrefois dans les potagers, comme condiment, au même titre que le persil. Pour retrouver spontanément la pimprenelle dans votre jardin, il suffit parfois d’espacer les tontes pour retrouver dans un espace laissé à lui-même toute la richesse botanique oubliée de nos gazons trop bien coiffés.

Vous pouvez aussi la semer au printemps ou en automne sous châssis froid. Ou bien en offrir au voisin en divisant les touffes. La pimprenelle résiste bien aux hivers rigoureux en terrains secs.
On récolte les feuilles de mai à septembre, et les racines à l’automne.
De petite taille, elle s’acclimate à la culture en pot sur un balcon ou une terrasse, dans un carré de plantes vivaces condimentaires, et même en bordure ou en rocaille. Un bon caractère en quelque sorte.

Pour bien la savourer, couper les feuilles au fur et à mesure des besoins. Celles-ci se consomment fraîches, car elles perdent leur bon goût de concombre en séchant.

Les pimprenelles sont utilisées quand leurs feuilles sont jeunes. Finement ciselées, elles rehaussent une salade ou un plat de crudités, et ajoutées à une soupe elles peuvent remplacer avantageusement l’épinard. 

 

 

Les fleurs, à la saveur de noix verte, agrémentent les salades, les fromages blancs aux herbes, les omelettes, les potages, les mayonnaises, les sauces.
La pimprenelle est un des ingrédients de la Frankfurter grüne Sauce (la sauce verte de Francfort).

 

 

Accueillons donc largement à notre table cette délicieuse semi-sauvageonne, riche en vitamine C, qui, pendant des mois et bien avant la récolte des concombres, nous offre la fraicheur de sa saveur piquante.

Et ne vous inquiétez pas, il est impossible de la confondre avec quoique ce soit d’autre, si ce n’est avec sa grande sœur Sanguisorba officinalis, la grande pimprenelle, qui a le même goût et les mêmes vertus. Qu’on se le dise !

 

 

Recettes express

 

Pimprenelle à la grecque
Du fromage blanc (ou du yaourt végétal)
Un bon bouquet de feuilles de pimprenelles, sel et poivre.
Effeuiller et hacher les folioles. Mélanger avec le fromage blanc. Saler, poivrer. On peut répartir la préparation dans des verrines ou la servir accompagnée de crudités et de tranches de pain grillé. Variante : ajouter une cuillère d’huile d’olive.

 

Tartinade de pimprenelle
Comme un pesto, en remplaçant le basilic par des feuilles de pimprenelle.
Soit : pignons de pin, parmesan râpé, huile d’olive, sel, gousse d’ail (facultatif), et un gros bouquet de pimprenelle. Mixer le tout. Déguster sur des crackers, du pain des fleurs, du pain grillé…


           

La vie des blettes

09/04/2021

La vie des blettes

COTES DE BLETTES
Beta vulgaris var. cicla

 

La culture des blettes (ou bettes ou poirées) remonte fort loin : les Grecs et les Romains les adoraient déjà. La blette ne devint populaire en France qu’au Moyen Age avant que sa culture ne se répande à partir du 17e siècle.
De nos jours, ce sont surtout les variétés à larges côtes blanches qui sont cultivées dans nos jardins. Il en existe cependant des colorées qui illuminent nos jardins de leur palette de rose, rouge, jaune et orange.

 

Les tiges de ces variétés sont délicieuses cuites à la vapeur et agrémentées d’une sauce à l’huile relevée d’un peu de vinaigre ou de citron.

 

Pour arriver jusque là :

 

** Semer en godets, en mars, avril, mai
Après les dernières gelées et lorsque les plants ont 5 à 6 feuilles, repiquer avec la motte avec un espacement de 30 cm.

 

** Semer en place, de mai à juillet
Lorsque les plants ont 5 à 6 feuilles, éclaircir à 30 cm en conservant le plus vigoureux. Les plants en surnombre peuvent être repiqués. 

La levée se fait en 7 à 11 jours.

 

Ses besoins en eau sont modérés, mais s’il aime le soleil, ses pieds sont sensibles à la chaleur. Alors paillez dès que les plants feront 10 cm de hauteur afin de conserver l'humidité au sol. En été, arrosez pour que les feuilles restent tendres.


La récolte a lieu environ 10 semaines après le semis, de juin à décembre.

Récolter les côtes dès qu'elles sont bien charnues, et ce jusqu'aux gelées hivernales. En hiver, buttez les pieds et paillez pour que les cardes conservent leur saveur.

 

La semence de côte de blette est un glomérule comprenant 2 à 6 graines. Les glomérules peuvent être récoltés individuellement au fur et à mesure de la maturité. On peut également couper les branches afin de les mettre à sécher dans un endroit protégé, sec et bien ventilé.
Les semences de côte de blette ont une durée germinative moyenne de 6 ans mais elles peuvent être conservées jusqu’à 10 ans, voire plus.

 

 

Si vous n’avez pas inclus les côtes de blettes dans votre plan de potager, passez donc à la Grainothèque de Neuvecelle.

Nous recevons régulièrement des semences de ce légume haut en couleurs.